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Chronique de la Faune Parisienne, par Prudence Keyniata
29/06/2008 |
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« Ils sont parmi nous. Ils mangent à nos tables. » Après un remarquable travail d'observation, l'auteur nous conte une journée dans la vie de 26 personnes.
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Par
Audrey Brière |
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Si j'étais une misanthrope irrécupérable, je dirais que la Chronique de la Faune Parisienne de Prudence Keyniata est un joli conte. En réalité, je ne suis ni misanthrope ni irrécupérable, et cet ouvrage remarquablement bien écrit a tout de la satyre sociale. Une balade dans un Paris que l'on redécouvre, le récit de tranches de vie de 26 personnages différents, dans la peau desquels l'auteur nous invite à nous glisser l'espace d'une journée, pour nous amener à observer avec indulgence les défauts et les petites perversions de chacun. Défauts et perversions qui donnent aux hommes toute leur dimension humaine, justement. « Il ne s'agit pas de jeter l'anathème sur les noirs, mais de montrer que toute personne à côté de vous à ses névroses. Et d'en dire les raisons, de dire pourquoi ils font ce qu'ils font. Chacun a sa part de responsabilité dans ce qu'il lui arrive, et ça s'appelle l'humanité. J'appelle cela le challenge des ponts culturels : vous avez des tares, j'ai des tares, tâchons de nous accepter mutuellement avec ces tares », explique l'auteur, Prudence Keyniata.
Un samedi à Paris, ville Lumière fabuleusement interculturelle s'il en est. Noirs, Blancs, jeunes, moins jeunes, nantis, démunis et bien d'autres se croisent et se bousculent en quête d'identité. Des individus imparfaits et immatures donnent l'impression de se battre contre des moulins à vent, s'agitant bien inutilement au milieu d'une foule indifférente. Nous sommes dans leur tête, en proie à des ouragans et des tempêtes, à des milliers d'interrogations. Pourtant, à l'extérieur, rien ne bouge. Ils sont de véritables caricatures vivantes qui tendent à rappeler quelqu'un que nous connaissons dans la vraie vie. Nous vivons dans un Paris compartimenté, un mur invisible sépare les noirs et les blancs mieux que ne l'a jamais fait aucune frontière. Les vieilles habitudes ont la vie dures et font l'effet d'un abrasif sur les rares tentatives de mixité sociale et de ponts culturels.
Chronique de la Faune Parisienne attire le lecteur dans un tourbillon perturbateur qui lui brûle les yeux. Le paysage est sombre, comme si la ville avait définitivement sombré dans le glauque. Parfois, un éclat lumineux – un regard acéré, un bijou luxueux, un sourire étincelant de cynisme – éclaire le marasme et fait la lumière sur cette faune étrange.
Dotée d'une plume incisive et tranchante comme un coup de scalpel, la mystérieuse Prudence Keyniata nous conte une fable dont la morale n'est pas bien glorieuse. Les constatations de son regard inquisiteur sur le monde sont effrayantes. Julie Blanchard, jeune fille blanche et blonde évoluant dans un univers mixte, en est l'exemple parfait. « Julie Blanchard a ingéré le racisme, mais elle ne s'en rend plus compte. Il est fondé sur l'ignorance », explique l'auteur, qui adapte sa plume au registre des personnages. « Il y a là 26 manières différentes de voir le monde ».
Prudence Keyniata se voit un peu comme une naturaliste. « Un roman sans aspérité passerait inaperçu. Un auteur est un observateur, son rôle est de faire un état des lieux. À un moment, il faut s'arrêter et regarder. Derrière soi, devant soi, comme une 'big picture'. La lecture doit servir à se rendre compte de quelque chose, à se remettre en question ».
Vous pouvez commander le livre sur le lien suivant : http://www.lulu.com/content/1419373
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Quelques questions à l'auteur |

Pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?
Je suis cette énigmatique jeune femme noire, d'un naturel aventurier et curieux que l'on peut rencontrer n'importe ou sur le globe. Aspirant écrivain depuis l'âge de 10 ans, nomade ou bohémienne dans l'âme et observatrice par nature. J'ai été très tôt plongée dans un univers philosophique et littéraire varié, allant de Victor Hugo à Hannah Arendt en passant par Camara Laye et Brett Easton Ellis. Je vous propose d'entrer dans un univers particulier, un univers qui ne ressemble à aucun autre et en même temps est si commun.
Comment avez-vous choisi les 26 personnages de votre livre ?
Les 26 personnages du livre sont un condensé de centaines de personnes observées à la loupe ou au scalpel. Chaque personnage représente une réalité culturelle, sociologique et politique du monde actuel. Ils ont les stigmates d'un vécu d'exilé volontaire, d'immigré conjoncturel, économique ou circonstanciel, de descendant de déportés comme de fils des trente glorieuses.
Qu’avez-vous voulu exprimer par leur histoire ?
J'ai toujours cru que le rôle de l'écrivain est d'être témoin de son temps, de relater les exploits des hommes de son époque (tel un griot) ou d'analyser les mœurs de son temps (tel l'ethno-sociologue ou l'historien). Certains nous ont proposé de grandes sagas (Fedor Dostoiesvky avec Crimes et Chatiments, Emile Zola avec Germinal, Richard Wright avec Black Boy) d'autre ont écrit des essais (Peaux Noires, Masques Blancs de Frantz Fanon...). Je représente la nouvelle génération qui mélange les genres, entre roman naturaliste, et essai sociologique et avec les influences et affects qui sont miens. Des affects de personnes vivant entre deux mondes, Occident et Afrique, affect d'immigrés, d'existentialiste, de contemplatrice active.
Ce ne sont que 24 heures dans la vie de 26 personnes - des jeunes, moins jeunes, des nantis ou déshérités, des racistes notoires, des assimiles ou intégrés et intégristes... Des hommes et des femmes qui se cherchent, se trouvent ou se perdent dans les dédales sinueux d'une ville aussi complexe que ne l'est Paris. |

Qu’aimeriez-vous que le lecteur retienne de votre livre ?
Pour répondre a cette question, je vais reprendre les commentaires de lecteurs qui me sont parvenus. Ils disent : on se marre, on se révolte et on est choqué mais au final on est forcé à l'introspection. On se sent proche des personnages du livre parce qu'ils renvoient à quelqu'un que l'on connait bien ou a soi-même. On est amené à se poser des question sur soi et à se remettre en question.
Pour ma part, si une fiction émeut le lecteur au point de l'amener a faire une introspection, alors mon art d'écrire n'est pas un simple alignement ponctué et orthographié de mots de la langue française.
Où peut-on trouver votre livre ?
Le livre est disponible sur ce lien
http://www.lulu.com/content/1419373
J'organise une deuxième et troisième soirée de présentation/débat/dédicace a la fin des mois de juillet et septembre au Massai Mara (66 rue Armand Carrel, Paris 19e). Des comédiens confirmes (Liza Michael et Manuel Montero) liront des passages du livres tandis que des historiens et intellectuels (Francois Durpaire, Sorbonne et specialiste de Barack Obama – Dieudonne Gnammankou, spécialiste de littérature russe et d'Alexandre Pouchkine) feront des commentaires sur la portée du livre. Il s'agit encore d'un mélange de genre - les arts, la culture, le monde des intellectuels et des jeunes professionnels de tous horizons. Les soirées se terminent par des débats collégiaux sans prétention. |
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