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Mongo Beti (1932-2001)
15/03/2003
 

Auteur à succès ("ville cruelle", "le pauvre Christ de Bomba", "main basse sur le Cameroun"...), Mongo Beti décédé le 7 octobre 2001 fut un écrivain engagé et un polémiste de talent
 
Par Paul Yange
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Mongo Béti  
Mongo Béti
 

L’écrivain camerounais Alexandre Biyidi Awala, plus connu sous le pseudonyme de Mongo Beti, décédé à l’âge de 69 ans peut être considéré comme l’un des écrivains africains les plus en vue de la génération de l’indépendance. Ses satires mordantes de la période coloniale se classent toujours parmi les meilleurs romans africains et figurent encore au programme dans certaines universités, aux Etats-Unis notamment. Il est également devenu une icône, en tant que brillant polémiste, et n’a jamais abandonné son radicalisme et sa lutte contre le néo colonialisme.

En 1954, il écrit son premier roman, "Ville cruelle", qui traite de l’exploitation de la paysannerie, sous le pseudonyme d’Eza Boto. En 1956, sous le pseudonyme de Mongo Beti (qui signifie fils du pays des Bétis en langue Ewondo), il publie "le pauvre Christ De Bomba", que beaucoup considèrent comme son chef d’œuvre. Traduit plus tard en anglais sous le titre "The Poor Christ Of Bomba", ce roman critique de façon féroce et satirique les folies et les brutalités des officiers coloniaux, et de l’Eglise catholique. Ce roman, très bien accueilli par la critique fait de Mongo Beti l’un des auteurs stars de "Présence Africaine", la maison d’édition basée à Paris, fondée par Alioune Diop.

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Ses autres livres, "Mission Terminée" (1957) qui remporte le prix Sainte-Beuve et "Le Roi Miraculé" (1958) sont du même niveau. Les trois livres sont traduits en anglais, russe et bien d’autres langues, ce qui donne à Mongo Beti une réputation internationale durable.
Marié à une collègue française, Odile Tobner, Mongo Beti fera l’essentiel de sa carrière à Rouen, au lycée Corneille. Le Cameroun, devenu théoriquement indépendant en 1960, est, avant et après cette date, le théâtre d’une guerre de répression contre le mouvement indépendantiste l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Parmi ses dirigeants, son secrétaire général Ruben Um Nyobé, qui avait dû prendre le maquis, sera assassiné en 1958 par les troupes françaises, son président Félix-Roland Moumié, en exil, assassiné à Genève par un ancien légionnaire agent du S.D.E.C.E, Ernest Ouandié, Vice-Président, revenu d’exil pour rejoindre le maquis, arrêté et exécuté après un simulacre de procès, Osende Afana, un autre dirigeant massacré dans un autre guet-apens au Ghana.

Pendant une quinzaine d’années, Mongo Beti ne publie rien. En 1972, il publie chez Maspero un pamphlet, "Main basse sur le Cameroun", où il dénonce les crimes du néo-colonialisme dans son pays, et particulièrement les activités du sinistre dictateur Amadou Ahidjo. Le gouvernement français de l’époque interdit et fait saisir ce livre. Procédure en principe illégale depuis que les lois de la IIIè république ont instauré la liberté de penser et d’expression. Un texte de 1936 permet toutefois de saisir et d’interdire les livres de "provenance étrangère". Ce texte, à l’époque du front populaire, visait la propagande nazie. Une jurisprudence complaisante permettra au gouvernement d’invoquer ce texte, quand l’éditeur ou l’auteur est étranger.

"Le pauvre Christ de Bomba" a même été traduit en anglais  
"Le pauvre Christ de Bomba" a même été traduit en anglais
 

Difficulté pour le livre de Mongo Beti : l’éditeur, François Maspero, est Français ;l’auteur, fonctionnaire français l’est également. Qu’à cela ne tienne, pour rendre sa décision légale, le ministre de l’intérieur trouvera la solution : il n’y a qu’à enlever à Mongo Beti sa nationalité française ! Des inspecteurs de la DST lui sont envoyés à domicile pour le mettre en demeure de restituer son passeport ! les auteurs de cette opération essayent de faire peur à Mongo Beti et le conduire à se réfugier au Canada ou en Suisse où des postes lui étaient offerts.

Mongo Beti refuse de céder. L’AFASPA et sa revue "Aujourd’hui l’Afrique" engagent l’action pour sa défense :intervention auprès du Président de la République et du Ministre de l'intérieur, campagne de pétitions. Si Giscard d’Estaing ne répond pas, le chef de cabinet du ministre Poniatowski répond que l’intéressé "n’a pas fait la preuve de sa possession, pendant les dix années antérieures de l’état de Français" ! Après de nombreuses remises de date, lorsque le tribunal administratif de Rouen, saisi de cette affaire, siégea enfin, le commissaire du gouvernement, chargé de requérir contre Mongo Beti, abonda dans le sens de son avocat, reconnaissant que la qualité de français ne pouvait lui être contestée. Le journal "Le Monde", qui était resté silencieux pendant toute l’affaire, lui consacra alors un article. L'interdiction frappant "Main Basse sur le Cameroun" est finalement levée en mai 1976, le livre ayant donc été interdit pendant près de 5 ans dans le pays des droits de l'homme!

Pendant cette période, Mongo Beti, avec Remember Ruben (1974), qui rendait hommage au leader assassiné de l’U.P.C, renoue avec sa production romanesque et continue son combat politique. Avec son épouse, il publie dix années durant, la revue Peuples noirs, peuples africains, poursuivant son action contre le néo-colonialisme. Après sa retraite, il était revenu au Cameroun, après plus de 30 années consécutives d’exil forcé, où il avait ouvert une librairie, la librairie des Peuples noirs, affirmant avoir trouvé un "Cameroun ubuesque où le vice est devenu la norme, le tortueux la règle, l’arbitraire la vertu".

 
 

Homme de caractère, intransigeant, parfois dogmatique, Mongo Beti eut quelques conflits avec certains de ses collègues africains, ne trouvant grâce ni à ses yeux, ni à sa plume. Ses critiques n’épargneront pas quelques uns d’entre eux, comme son compatriote Ferdinand Oyono, auteur du "Vieux nègre et de la médaille": un "opportuniste sans idéologie qui ne pensait qu’à sa carrière, un vantard boulou qui fait dans de la tartarinade" dit-il. Camara Laye, lui, "écrit pour les blancs", le burkinabé Joseph Ki Zerbo, aux yeux de Mongo Beti, est un bon historien qui "pactise avec le néocolonialisme", le congolais Sony Labou Tansi est un "élève des coopérants français". L’Ivoirien Ahmadou Kourouma a droit au plus méchant des qualificatifs : "C’est un illettré". L’écrivain camerounais refuse ce qu’il appelle "la senghorisation des élites africaines" et de jouer au "nègre de service". Comme tous les écrivains, selon lui, chouchoutés par une technostructure de la coopération qui délivre prix, honneurs et privilèges. "je suis un disciple de Voltaire, dit-il dans un journal panafricain, je sais que je suis dur, mais quand on lutte contre des salopards, car je ne peux pas qualifier autrement le néocolonialisme, on ne peut pas être laxiste".

A sa mort, sa famille, selon les vœux de l’écrivain, a refusé tous les honneurs posthumes émanant de l’establishment camerounais. Même mort disait-il, je ne voudrai pas être petit. Ainsi parlait Mongo Beti, le fils du pays des Bétis.

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